Musée
Tourtoirac

Musée des Rois d'Araucanie, Tourtoirac

L'histoire incroyable du notaire périgordin qui se fit couronner roi d'Araucanie en 1860.

Distance
17
km
Trajet
25 min

Au cœur du petit village de Tourtoirac, à vingt-cinq minutes d'Énergumène, un musée modeste raconte une histoire qu'on croirait inventée. Celle d'Orllie-Antoine de Tounens, né en 1825 à La Chèze (un hameau voisin), devenu notaire à Périgueux, et qui se fit proclamer roi d'Araucanie et de Patagonie en novembre 1860 par les chefs mapuche du sud du Chili.

Ce n'est pas une blague. Tounens a véritablement vécu en Araucanie, a rédigé une constitution, désigné un drapeau, nommé des ministres. Il a été arrêté par les autorités chiliennes, déclaré fou, rapatrié. Il est reparti trois fois en Amérique du Sud pour tenter de reconquérir son royaume. Il est mort en 1878 à Tourtoirac, oublié de tous, enterré au cimetière communal avec la mention « Roi d'Araucanie » gravée de son vivant sur la pierre.

Le musée expose ses lettres, ses documents officiels, des artefacts mapuches, des portraits, la constitution du royaume, son uniforme reconstitué. Une histoire entre utopie post-coloniale, folie douce et courage individuel, qui résonne aujourd'hui encore dans les communautés mapuches. À ne pas manquer si tu passes à Tourtoirac pour les grottes ou l'abbaye.

Ce qu'on y fait

Le musée est installé dans une petite bâtisse du village de Tourtoirac, à quelques pas de l'abbaye et des grottes. L'entrée est modeste, discrète — on pourrait passer à côté sans voir. Ce serait dommage : c'est l'un des musées les plus insolites du Périgord, dédié à une aventure extraordinaire menée par un enfant du pays.

Tu découvres d'abord le personnage : Orllie-Antoine de Tounens, né à La Chèze près de Chourgnac en 1825, élevé dans une famille modeste, devenu notaire à Périgueux. Un homme cultivé, pieux, imaginatif. Jusque-là, rien ne distingue sa trajectoire. Mais il est fasciné par les récits de voyages en Amérique du Sud, et développe une idée fixe : fonder un royaume chrétien sur les terres du peuple mapuche, en Patagonie et en Araucanie (sud du Chili et de l'Argentine actuels), avec le soutien des autochtones dont il admire la résistance aux conquistadors.

La scénographie te raconte cette épopée. En 1858, Tounens vend ses biens, part au Chili, rejoint les mapuches. Le 17 novembre 1860, il est proclamé roi d'Araucanie et de Patagonie sous le nom d'Orllie-Antoine Iᵉʳ, à la demande (selon ses propres textes) des chefs mapuche qui voulaient un souverain étranger pour unifier leurs tribus face aux Argentins et Chiliens. Il rédige une constitution, désigne un drapeau (vert-blanc-bleu avec une couronne d'or), une capitale théorique (Perquenco), un gouvernement, une monnaie.

L'aventure tourne court. Les autorités chiliennes l'arrêtent en 1862, le déclarent fou, le rapatrient en France. Il repart à plusieurs reprises en Amérique du Sud tenter de reconquérir son royaume, sans succès. Il meurt à Tourtoirac en 1878, enterré au cimetière du village, presque pauvre — mais en conservant jusqu'au bout son titre et ses convictions.

Le musée expose : lettres originales, portraits, uniforme reconstitue, la constitution du royaume, documents authentiques du procès chilien, objets ramenés d'Araucanie, artefacts mapuche, la correspondance avec les « successeurs » contemporains (Antoine de Tounens a encore aujourd'hui des prétendants à sa couronne, ironiquement reconnus par des communautés mapuche pour la symbolique).

L'histoire, bien que d'apparence ubuesque, est prise au sérieux par les historiens depuis quelques décennies. Tounens a véritablement établi des contacts avec les chefs mapuche, et son projet relève autant de l'utopie politique post-colonialiste que de la légende locale. Le musée montre bien cette ambiguïté entre visionnaire et illuminé, entre échec politique et mémoire coloniale contestée.

Histoire & patrimoine

Orllie-Antoine de Tounens est né le 12 mai 1825 à La Chèze, un hameau de la commune de Chourgnac-d'Ans, pas loin de Tourtoirac. Issu d'une famille de petits propriétaires terriens, il est le huitième d'une fratrie de onze enfants. Il fait ses études à Périgueux, devient clerc puis notaire, s'installe professionnellement dans la ville.

Tounens lit beaucoup — sa bibliothèque personnelle le démontre, il est fasciné par les récits de voyage, les conquêtes espagnoles, les civilisations précolombiennes. Il est particulièrement impressionné par les mapuches (aussi appelés araucans), peuple autochtone du sud du Chili et de l'ouest argentin, qui a résisté pendant plus de trois siècles à la colonisation espagnole — cas presque unique dans les Amériques. Dans les années 1840-1850, les républiques chilienne et argentine commencent la « conquête du désert », une campagne militaire visant à annexer les territoires mapuche.

Tounens développe une conviction : les mapuches ont besoin d'un souverain étranger, référence européenne et catholique, pour unifier leurs tribus et faire reconnaître leur souveraineté aux yeux du droit international. Il s'auto-désigne comme cet homme providentiel. En 1858, il vend son étude notariale, réunit quelques fonds, embarque pour le Chili.

Son voyage initial dure deux ans. Il apprend l'espagnol et des rudiments de mapudungun (la langue mapuche), rencontre des chefs locaux, organise des assemblées. Le 17 novembre 1860, lors d'un conseil tenu dans la forêt d'Angol, il est proclamé roi Orllie-Antoine Iᵉʳ d'Araucanie et de Patagonie. Les témoignages varient : selon lui, les chefs l'ont sollicité ; selon les historiens chiliens, il a manipulé des chefs mal informés avec des promesses de protection ; la vérité se situe probablement entre les deux, dans l'incompréhension diplomatique.

Tounens rédige une constitution, désigne un drapeau (vert-blanc-bleu, couronne), une capitale virtuelle (Perquenco), des ministres. Il cherche la reconnaissance des puissances européennes, en vain. En janvier 1862, les autorités chiliennes l'arrêtent au cours d'une expédition. Il est déclaré fou par un tribunal, condamné à l'internement, puis rapatrié en France pour éviter l'incident diplomatique.

Il repart trois fois : 1869, 1870, 1876. Chaque tentative échoue. Il meurt à Tourtoirac le 19 septembre 1878, presque pauvre, enterré au cimetière communal. Sa tombe existe toujours, avec la mention « Roi d'Araucanie » qu'il a fait graver de son vivant.

Le titre est toujours revendiqué aujourd'hui par des successeurs auto-proclamés, et le musée de Tourtoirac, créé dans les années 1990, est l'institution principale dédiée à cette histoire insolite. Il est reconnu par les communautés mapuche actuelles qui voient en Tounens, ironiquement, un allié post-colonial de leur cause, au-delà du ridicule apparent de son aventure.

Le regard d'Énergumène

Le Musée d'Araucanie, c'est typique du Périgord : une histoire folle enterrée sous un nom de village qu'on prononce mal. On a l'habitude d'envoyer nos hôtes à Tourtoirac pour les grottes. Mais il faut ajouter à la liste ce musée minuscule — on en ressort toujours avec une question : mais comment c'est possible ?

Le plan idéal : tu fais la matinée complète à Tourtoirac. Grottes à 10h (1h), Musée d'Araucanie ensuite (45 min), tour de l'abbaye (30 min), café au centre du village. Tu passes devant la tombe d'Orllie-Antoine au cimetière en fin de visite — c'est un pudique mais impressionnant épilogue. Retour à la maison pour déjeuner.

Pour les amateurs d'histoires décalées, c'est un trésor. On a des hôtes qui sont venus exprès à Tourtoirac après avoir entendu parler de Tounens — des historiens amateurs, des latino-américains d'origine chilienne, des curieux de politique utopique. Le musée est assez petit pour se lire en une heure, mais la trace laissée dure longtemps.

Note : les horaires et conditions d'ouverture varient selon les saisons et les ressources de l'association qui gère. Appelle avant de venir. Et ne rate pas la tombe au cimetière, c'est elle qui close le récit avec la dignité qui manque parfois à la vie de Tounens.

Infos pratiques

Accès : 17 km (25 min en voiture) depuis Énergumène. Musée situé au cœur du village de Tourtoirac, à quelques mètres de l'abbaye et des grottes.

Ouverture : Variable selon saison, généralement avril-octobre. Vérifie auprès de l'Office de Tourisme de Tourtoirac avant de venir.

Durée conseillée : 45 min à 1h.

Tarif : Modique (3-5€). Tarif combiné parfois proposé avec la visite de l'abbaye.

Contact : Office de Tourisme Dordogne Périgord Isle Auvézère — +33 5 53 56 32 00.

Bon à savoir : La tombe d'Orllie-Antoine Iᵉʳ se trouve au cimetière communal de Tourtoirac, à cinq minutes à pied du musée.

— dans les environs

Quatre lieux à combiner

Proches à vol d'oiseau, à inscrire sur la feuille de route du jour.

— pour finir la journée

Et si on se retrouvait à table ?

Après la visite, le plus simple reste de passer chez nous. Menu surprise, feu de bois, produits du Périgord.

Réserver une table