Village
Brantôme en Périgord

Brantôme en Périgord

La Venise du Périgord, son abbaye fondée par Charlemagne et le plus vieux campanile de France.

Distance
34
km
Trajet
40 min

Quarante minutes au nord-ouest d'Énergumène, entre Thiviers et Ribérac, tu descends vers Brantôme — surnommée la Venise du Périgord. Le surnom vient de Raymond Poincaré, président de la République, qui a visité le bourg en 1913 et a été frappé par le cadre bucolique : un méandre de la Dronne enlace le village, qui forme pratiquement une île, relié au reste du monde par cinq ponts.

Au centre, l'abbaye bénédictine, fondée selon la tradition par Charlemagne en 769. L'empereur y dépose les reliques de Saint-Sicaire, l'un des Saints Innocents, consacrant le site en 817. À côté de la façade blanche de 75 mètres, un clocher-campanile roman du XIe siècle, bâti sur le roc à douze mètres de hauteur — le plus ancien de France, daté par dendrochronologie. Derrière l'abbaye, des grottes troglodytiques avec les bas-reliefs du Jugement Dernier sculptés au XVe siècle, et la fontaine miraculeuse Saint-Sicaire.

Le bourg lui-même est un bijou. Ruelles pavées, maisons à colombages, pont coudé unique du XVIe siècle, Jardin des Moines avec Pavillon Renaissance, Musée Fernand Desmoulin (peintre médiumnique rare), marché du vendredi célèbre dans toute la Dordogne. Sur la Dronne : canoë, kayak, barques, joutes nautiques en été. Petite Cité de Caractère depuis 2018. Prévois une bonne journée.

Ce qu'on y fait

Brantôme est une île. Deux bras de la Dronne l'encerclent, cinq ponts y conduisent. Tu te gares sur les parkings extérieurs, tu entres à pied par le pont coudé du XVIe — une arche unique en pierre, inclinée exprès pour mieux résister aux crues. Premier réflexe : lever la tête vers la façade blanche de l'abbaye bénédictine, longue de 75 mètres, collée à la falaise. C'est le décor.

La visite de l'abbaye se fait sur plusieurs niveaux. Commence par l'église abbatiale Saint-Pierre. Elle est sobre, dénudée, puissante dans sa simplicité romane. Les reliques de Saint-Sicaire, un des Saints Innocents déposées là par Charlemagne, sont conservées ici. Sors ensuite pour regarder le clocher-campanile du XIe siècle, bâti sur un surplomb rocheux à douze mètres de hauteur, à part de l'église, avec ses quatre étages et ses gâbles limôges. Datation dendrochronologique de la charpente : c'est le plus ancien clocher roman de France. À lui seul, il vaut le déplacement.

Le clôtre est accessible, galerie tranquille et paisible où les moines faisaient « les cent pas ». Les bâtiments monastiques du XVIIIe abritent aujourd'hui le Musée Fernand Desmoulin, dédié à ce peintre-graveur de la fin du XIXe, portraitiste des personnalités de la IIIe République qui réalisa entre 1900 et 1902 une œuvre médiumnique troublante, le classant parmi les grands artistes spirites. L'exposition permanente est intégrante à la visite.

Derrière l'abbaye, les grottes troglodytiques. C'est ici que tout a commencé : les premiers ermites chrétiens s'installent dans la falaise calcaire, creusent cellules et chapelles. La plus célèbre est la Grotte du Jugement Dernier, ornee de deux bas-reliefs monumentaux sculptés au XVe siècle par des moines. Scènes de la Création, du Triomphe de la Mort. Mystérieuses, belles, dérangeantes. La fontaine Saint-Sicaire tout près est réputée pour ses vertus curatives et fécondantes. Enfin, la visite des anciennes carrières du site (1h15, seulement hors hiver) te fait plonger plus loin encore dans l'histoire du lieu.

Sors de l'abbaye, prends le temps de te perdre dans les ruelles. Maisons à colombages, boutiques d'artisans (souffleur de verre Oscar Simonin dans une grotte troglodytique), maison des « Marchands vénitiens » XVe, place du marché (le vendredi matin à Brantôme, c'est l'événement de la semaine — l'un des meilleurs marchés de Dordogne). Traverse le pont coudé pour le Jardin des Moines, prairie ombragée au bord de la rivière, avec trois « reposoirs » XVIe, le Pavillon Renaissance, des fontaines, des statues, des centaines d'arbres. Tables et chaises libres pour un pique-nique.

Sur la Dronne, tu peux faire du canoë, du kayak, ou une balade en barque avec les Croisières de Brantôme (1h environ). Le dimanche soir d'été, des joutes nautiques enflamment le centre-ville. Pour les familles, le parcours « Il était une fois Brantôme » (1h-1h30) guide la visite par questions, avec récompense à la fin.

Histoire & patrimoine

Brantôme est l'un des plus vieux sites habités du Périgord. Des abris troglodytiques ont été utilisés dès la Préhistoire dans la falaise calcaire. Les premiers ermites chrétiens s'y installent au début du christianisme, faisant de ces cavités des refuges spirituels. C'est cette tradition monastique primitive qui va donner naissance à l'abbaye.

Selon la tradition, l'abbaye bénédictine de Brantôme est fondée en 769 par Charlemagne, qui vient lui-même y déposer les reliques de Saint-Sicaire, l'un des Saints Innocents massacrés par Hérode selon la légende évangélique. La consecration a lieu en 817. Un monastère s'édifie progressivement au pied de la falaise, passant de l'état troglodytique à l'architecture bâtie. Les moines apprennent à dompter la Dronne : canaux, moulins, digues, irrigations. Ils modelent le paysage.

Les Vikings rasent l'abbaye à deux reprises au IXe siècle. Chaque fois, elle est reconstruite. Au XIe siècle, le clocher-campanile est érigé sur le roc à douze mètres de hauteur — choix stratégique pour le mettre hors de portée des raids. Datation dendrochronologique : c'est le plus vieux clocher roman de France. Quatre étages, gâbles limousins. Il est séparé de l'église, particularité rare dans l'art roman.

Le Moyen Âge fait de Brantôme un centre de pélerinage important. L'abbaye est prospère, agrandie, embellie. Guerre de Cent Ans, guerres de religion : la ville passe plusieurs fois entre les mains des Anglais puis des Français, souffre, se relève. En 1556, un personnage arrive qui va donner son nom à l'abbaye dans l'histoire littéraire : Pierre de Bourdeille, cadet de la famille Bourdeille, nommé abbé commendataire de Brantôme. Courtisan, soldat, diplomate, il sert Catherine de Médicis, Charles IX, Henri III. En 1584, une chute de cheval le contraint à se retirer sur ses terres. Il consacre les dernières années de sa vie à écrire — et c'est sous le nom de son abbaye, Brantôme, qu'il devient l'un des chroniqueurs majeurs du XVIe siècle. Les Vies des dames galantes, les Vies des hommes illustres et grands capitaines français et les Vies des grands capitaines étrangers sont publiées à titre posthume.

En 1913, Raymond Poincaré, alors Président de la République, visite Brantôme et, fasciné par le cadre bucolique de la Dronne qui enlace le bourg, baptise le lieu « Venise du Périgord ». Le surnom s'installe immédiatement. L'arrivée du chemin de fer en 1877 avait déjà amené les premiers touristes ; Poincaré consacre l'identité touristique de Brantôme pour tout le XXe siècle.

Le Musée Fernand Desmoulin est créé dans l'aile monastique XVIIIe. Desmoulin (1853-1914), peintre-graveur académique et portraitiste de la IIIe République, réalise entre 1900 et 1902 une œuvre médiumnique exceptionnelle — dessins réalisés en transe, écriture automatique — qui le classe parmi les grands artistes spirites. Cette collection est l'une des rares en France à documenter ce moment artistique.

En 2018, Brantôme est reconnue Petite Cité de Caractère, label qui consacre son patrimoine et son effort de mise en valeur. Un circuit de 41 panneaux explicatifs guide aujourd'hui les visiteurs. L'abbaye accueille 60 000 visiteurs par an. La Dronne est l'une des rivières les moins polluées de France, signe d'une politique écologique patiente.

Le regard d'Énergumène

Brantôme, c'est la destination d'une journée complète. Quarante minutes de route, ça fait qu'on y va moins souvent qu'à Excideuil, mais chaque visite est un plaisir renouvelé. C'est l'un des plus beaux bourgs du Périgord — et pas seulement les plus photographés.

Le scénario qu'on recommande systématiquement : départ d'Énergumène vers 9h, arrivée à Brantôme pour l'ouverture de l'abbaye (10h). 1h30 de visite des parcours principaux, puis 1h de flanerie dans le bourg. Déjeuner sur place — nos préférences : Le Moulin de l'Abbaye (Relais & Châteaux, étoilé Michelin, carte 70-120€, vue imprenable sur la Dronne), ou plus accessible, Chez Charbonnel ou l'Hostellerie du Périgord Vert (Logis). L'après-midi, canoë ou barque sur la Dronne (1h), puis le Jardin des Moines pour une sieste sous les arbres. Retour Énergumène pour le dîner.

Essaie de venir un vendredi matin si tu peux. Le marché transforme tout le bourg, on y trouve fromages affinés, truffes en saison, foies gras, légumes bio, pains, vins, miel, textiles. C'est un des meilleurs marchés du Nord-Périgord, sans concurrence.

En été, vise un vendredi soir pour les joutes nautiques — spectacle gratuit, ambiance estivale, rires, applaudissements. Et si tu restes plusieurs jours, combine Brantôme avec Bourdeilles (14 km, château des Bourdeille sur la Dronne) et les Grottes de Villars (15 km, peintures préhistoriques) pour un triangle Nord-Périgord complet.

En famille avec enfants : le parcours « Il était une fois Brantôme » est très bien conçu (plan distribué à l'Office de Tourisme, questions, panneaux, récompense). Combiné avec une balade en barque sur la Dronne, tu as une journée qui satisfait tout le monde.

Infos pratiques

Accès : 34 km (40 min en voiture) depuis Énergumène, direction nord-ouest par Thiviers et Saint-Jean-de-Côle. Parkings gratuits aux abords de la ville.

Abbaye de Brantôme : Visite payante. 4 parcours disponibles (bâtiment principal, grottes, cloître + abbatiale + clocher, carrières — ces dernières fermées en hiver). Billetterie à l'Office de Tourisme. Fermé certains jours (vérifier).

Musée Fernand Desmoulin : Inclus dans la visite de l'abbaye.

Office de Tourisme : Installé dans l'ancienne église Notre-Dame désacralisée. Tel +33 5 53 05 80 63.

Marché : Vendredi matin, toute l'année. L'un des meilleurs du Périgord Vert.

Jardin des Moines : Accès libre et gratuit toute l'année. Tables, bancs, pique-nique autorisé.

Dronne : Canoë, kayak, barque avec Croisières de Brantôme (1h). Baignade officieuse possible hors-saison.

Tèrra Aventura : Parcours dans le bourg, gratuit, application mobile.

Joutes nautiques : Vendredis soir d'été (juillet-août).

Bon à savoir : Petite Cité de Caractère depuis 2018. 41 panneaux explicatifs dans la ville. Restaurants : Le Moulin de l'Abbaye (Relais & Châteaux, étoilé), Le Jardin des Chouchoux, Chez Charbonnel, Hostellerie du Périgord Vert.

— dans les environs

Quatre lieux à combiner

Proches à vol d'oiseau, à inscrire sur la feuille de route du jour.

— pour finir la journée

Et si on se retrouvait à table ?

Après la visite, le plus simple reste de passer chez nous. Menu surprise, feu de bois, produits du Périgord.

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