À vingt minutes au nord-ouest d'Énergumène, entre Thiviers et Brantôme, tu tombes sur Saint-Jean-de-Côle. Tu descends vers le village, tu passes le virage, et tout s'ouvre : la Côle qui coule, le pont gothique à dos d'âne, les maisons ocres, les toits de tuiles brunes qui ont décroché le premier prix des Toits de France.
Saint-Jean-de-Côle est classé Plus Beau Village de France depuis 1983. Et ce qui le rend unique, c'est la densité : sur quelques centaines de mètres carrés, tu as le château de la Marthonie (XIIᵉ-XVIIᵉ), l'église Saint-Jean-Baptiste de style romano-byzantin (XIᵉ-XIIᵉ, une rareté en Périgord), le prieuré adossé avec son cloître gothique, et le pont gothique du XVᵉ. Tout est serré, tout dialogue.
Tu y viens pour flâner, pour photographier, pour respirer une atmosphère médiévale presque intacte. Les Floralies du deuxième week-end de mai transforment le village en jardin géant, avec 100 exposants. Le mercredi matin, c'est le marché sous la halle : bio, noix, fromages. Et en juillet-août, le château ouvre ses extérieurs à la visite. Vingt minutes, c'est rien, et tu es déjà ailleurs.
La visite
Ce qu'on y fait
Tu arrives par la route qui descend depuis Thiviers, et le village apparaît comme dans une enluminure : maisons ocres, toits de tuiles brunes (qui ont valu à Saint-Jean le premier prix des Toits de France), la Côle qui serpente, le pont gothique à dos d'âne au premier plan. Tu te gares et tu entres à pied sur la place Saint-Jean. Là, trois monuments te font face, serrés dans un mouchoir.
L'église Saint-Jean-Baptiste d'abord. Plan circulaire surmonté d'une coupole, clocher-porche massif : c'est une rareté, une expression peu commune du roman en Périgord. À l'intérieur, fresques anciennes à demi effacées, modillions sculptés, colonnes historiées. Une mise en lumière et en son moderne transfigure l'espace — assieds-toi quelques minutes, c'est saisissant. À l'extérieur, contre le mur sud de la chapelle, les quatre « logettes à répit » découvertes en 2006 : sortes de sarcophages médiévaux où l'on déposait les enfants mort-nés dans l'espoir qu'ils reçoivent le baptême par l'eau de pluie sanctifiée.
Le prieuré mitoyen, XIe-XIIe siècle, est adossé à l'église. Son cloître gothique est classé aux Monuments Historiques. Il ne se visite qu'aux Journées du Patrimoine — dommage, mais l'extérieur en impose.
Le château de la Marthonie domine la place. XIIIᵉ siècle à l'origine, rebâti au XVᵉ puis étendu au XVIIᵉ par l'ajout d'une aile classique aux arcades surbaissées. Propriété privée transmise dans la même famille depuis 800 ans — ce qui est exceptionnel en France. L'été (juillet à mi-septembre), des visites extérieures sont proposées à 15h et 17h (3,50€). Escalier monumental, rez-de-chaussée, façade monumentale.
Enfin, le pont gothique à dos d'âne. XVᵉ siècle, trois arches en plein cintre, pavé de galets. Tu le traverses, tu redescends sur la rive, tu mets les pieds dans l'eau l'été — c'est cadré de toutes parts, idéal pour la photo.
Le deuxième week-end de mai, c'est les Floralies : plus de 100 exposants, le village se transforme en jardin. Le mercredi matin, c'est le marché gourmand sous la halle — bio, noix, fromages. Terra Aventura propose aussi un parcours adapté aux enfants.
Mémoire des lieux
Histoire & patrimoine
Tout commence au XIᵉ siècle. Raynaud de Thiviers, évêque de Périgueux, fonde un prieuré de chanoines augustins à Saint-Jean, autour duquel se construit la communauté. Seize chanoines y vivent, et l'église Saint-Jean-Baptiste se bâtit à la même période, entre XIᵉ et XIIᵉ siècle. Le style choisi est romano-byzantin — plan circulaire, coupole, clocher-porche massif. En Périgord, c'est unique.
Mais un prieuré au XIIᵉ siècle, ça se protège. Une première forteresse s'élève sur l'éperon qui domine la Côle, contrôlant un gué stratégique entre Périgord et Limousin. Le château dépend de la vicomté de Limoges, donc du roi de France. Les premiers membres de la famille de La Marthonie, qui donneront leur nom au château, sont mentionnés dès 1256.
La guerre de Cent Ans emporte la forteresse : brûlée par les Anglais. Au milieu du XVᵉ siècle, Étienne de La Marthonie, Conseiller au Parlement de Bordeaux, la reconstruit avec tours crénelées et mâchicoulis. Son fils Mondot de La Marthonie achève le château au début du XVIᵉ. Mondot est un personnage considérable : président de la cour du Parlement de Bordeaux puis de Paris pendant les guerres d'Italie, François Iᵉʳ le nomme conseiller de sa mère Louise de Savoie (régente du royaume) et lui confie la charge de Garde du Sceau Privé.
Le XVIᵉ siècle amène les guerres de religion. En 1569, le village est pillé par les protestants. L'église et le prieuré subissent des dégâts. Le XVIIᵉ siècle apporte le calme : on ajoute au château une aile classique aux arcades surbaissées, cinq arcs en rez-de-chaussée supportant des travées de lucarnes.
Les siècles suivants sont plus discrets. La Marthonie est classé Monument Historique en 1943. Mais le bâtiment est endommagé, en particulier pendant la période d'inoccupation de la Seconde Guerre. En 1952, Pierre de Beaumont-Beynac, descendant direct de la famille, reprend le château et entreprend une restauration qui s'achèvera en 2021 — près de 70 ans de travail. Maire de Saint-Jean de 1971 à 2008, il a consacré sa vie au village et à la demeure familiale. C'est l'un des rares châteaux périgourdins à s'être transmis dans la même famille depuis 800 ans, hors la parenthèse révolutionnaire.
Saint-Jean-de-Côle est classé Plus Beau Village de France depuis 1983. Son ensemble architectural — église, prieuré, château, pont gothique — est d'une cohérence rare, concentré sur quelques centaines de mètres.
Notre conseil
Le regard d'Énergumène
Saint-Jean-de-Côle, c'est la balade parfaite du matin ou de la fin d'après-midi. Tu arrives, tu te gares, tu fais le tour en 45 minutes à 1 heure, tu traverses le pont, tu t'arrêtes dans l'église, tu t'assieds sur un muret et tu laisses la lumière faire son travail. C'est comme ça qu'on le recommande.
L'idéal, pour nous, c'est de combiner avec Brantôme (13 km plus loin) pour une journée complète nord-ouest. Ou alors tu fais Saint-Jean le matin, tu reviens déjeuner chez Énergumène au calme. Les deux scénarios marchent.
En mai, si tu es là pour les Floralies, on te conseille de venir très tôt — après 10h ça devient dense. En dehors de ce week-end, le village est calme, même en été. C'est l'un de ces Plus Beaux Villages qui ont su garder leur silence.
Les familles avec enfants curieux aimeront Terra Aventura (même formule que Ségur, mais ici tu cherches un autre personnage). Pour les amateurs de vélo, la Voie Verte passe par là — tu peux partir de Thiviers, traverser Saint-Jean, prolonger jusqu'à Saint-Pardoux-la-Rivière. 17 km aller, plat, ombragé. Un bon plan pour une demi-journée sans voiture.
Pour s'y rendre
Infos pratiques
Accès : 21 km (30 min en voiture) depuis Énergumène, direction nord-ouest via Thiviers.
Village : Accessible librement toute l'année. Ville et Village Fleuri « 2 fleurs ».
Église Saint-Jean-Baptiste : Accès libre en journée. Mise en lumière et en son remarquable.
Château de la Marthonie : Visites extérieures guidées en juillet-août et début septembre à 15h et 17h. Tarif : 3,50€. Pas de visite toute l'année.
Audioguides : Disponibles à l'office de tourisme (français, anglais, espagnol), 3€.
Marché : Mercredi matin sous la halle. Produits bio et régionaux.
Floralies : 2ᵉ week-end de mai, 100+ exposants végétaux.
Bon à savoir : La Voie Verte de 17 km, ancienne ligne ferroviaire entre Thiviers et Saint-Pardoux-la-Rivière, passe par le village. Idéal à vélo.




