Cinquante minutes au nord-ouest d'Énergumène, perchée sur un promontoire au-dessus de la vallée du Bandiat, Nontron est la capitale secrète des métiers d'art en Périgord — et la ville où est né le plus vieux couteau de France.
L'histoire du couteau de Nontron remonte au Moyen Âge — évoqué dès cette époque sous le nom de « couteau de Pierregort ». Mais c'est au XVIIe siècle que le savoir-faire s'installe vraiment, avec l'arrivée de Guillaume Legrand en 1654. Trois siècles plus tard, le couteau signature de Nontron est toujours monté à la main : manche en buis pyrogravé d'un arc auréolé de trois points, lame simple, virole tournante en laiton. Sept mille exemplaires par an sortent des ateliers.
Autour de la coutellerie, la ville a construit depuis 1999 un véritable écosystème des métiers d'art. Le Pôle Expérimental des Métiers d'Art (PEMA), au château XVIIIe, expose céramistes, tisserands, ébenchénistes, émailleurs, mosaïstes, verriers, maîtres du tournage sur bois. Des signes artistiques sont incrustés dans les rues de la ville. Et chaque août, la Fête du Couteau rassemble les couteliers du monde entier.
La visite
Ce qu'on y fait
Tu arrives à Nontron, perchée sur son promontoire rocheux au-dessus de la vallée du Bandiat. Le centre ancien mérite une balade à pied : ruelles étroites, maisons à colombages, signes métiers d'art incrustés dans la ville (mosaïque, émail, bois, verre, céramique). Huit ateliers ont collaboré pour créer une signalétique artistique unique en France — une promenade qui devient une exposition à ciel ouvert.
Premier arrêt : la Coutellerie Nontronnaise, 33 rue Carnot. L'atelier-boutique historique de la SARL créée en 1928 qui perpétue le savoir-faire. Tu peux observer les couteliers au travail — chaque couteau est monté à la main, la lame (aujourd'hui forgée à Thiers) est assemblée à un manche en buis tourné, pyrogravé du motif signature (l'arc auréolé de trois points), fini à la virole tournante en laiton. Environ 7 000 couteaux artisanaux sortent ici chaque année, tous montés à la main. Il existe aussi une deuxième maison : la Coutellerie Le Périgord.
Ensuite, direction le PEMA — Pôle Expérimental des Métiers d'Art — qui occupe le château XVIIIe surplombant les Jardins des Arts et la vallée. Trois salles d'exposition vouées aux métiers d'art : céramique, vitrail, tournage sur bois, tissage, mosaïque, gravure, dinanderie, ébénisterie. Le PEMA organise 5 expositions par an, des conférences, des démonstrations. Il héberge aussi l'Espace Lames et Métaux : une centaine de couteaux d'exception (art, régionaux, anciens, préhistoriques en silex). Note : les salles d'exposition sont parfois fermées pour travaux de restauration du château — vérifie sur le site avant de venir.
Ne rate pas la Boutique Métiers d'Art au 5 rue Carnot (mar-sam 12h-13h et 14h-19h). Sélection de créations locales : bijoux, arts de la table, décoration, objets d'art. Et si tu passes en octobre, le salon « Rue des Métiers d'Art » réunit une trentaine de créateurs sélectionnés pour l'excellence. La Fête du Couteau (août) est l'événement de la ville — couteliers venus de toute la France, démonstrations, forges en activité, marché gastronomique.
Nontron, c'est aussi une ville à voir de haut : les promontoires autour offrent des points de vue inoubénnés sur le Bandiat. Prévois une demi-journée minimum, une journée si tu combines ville + ateliers coutelier + PEMA.
Mémoire des lieux
Histoire & patrimoine
Nontron a 3 000 ans d'histoire. Le nom vient du gaulois : Nat (vallée) et Dun (colline). Les Gaulois avaient déjà installé ici les premières forges — bien avant l'ère chrétienne. Quatre conditions favorables à la sidérurgie étaient réunies : du minerai de fer local, une forêt étendue pour le charbon de bois, l'eau froide du Bandiat pour tremper le métal, et une main-d'œuvre saisonnière (les journaliers agricoles qui travaillaient aux forges en hiver).
C'est dans cet écosystème que naît le couteau de Nontron. Les spécialistes s'accordent à dire qu'il est le plus vieux couteau de France — une origine attestée dès le Moyen Âge sous le nom de « couteau de Pierregort » (glossaire de Saint-Palaye). Mais la forme aboutie et la tradition familiale de la coutellerie ne s'installent vraiment qu'au XVIIe siècle.
Le premier maître coutelier documenté s'appelle Guillaume Legrand. Originaire de la paroisse Saint-Eustache à Paris, il se marie à Nontron le 13 octobre 1654 et fonde la première « famille » de couteliers nontronnais. Ses descendants poursuivent le métier. Au XVIIIe siècle, le Périgord septentrional devient la 6e région sidérurgique de France. Trente-neuf couteliers sont recensés en Dordogne, dont cinq à Nontron. À l'époque, des chiens font tourner les polissoirs — c'est encore un artisanat familial.
Trois caractéristiques signent le couteau de Nontron : le motif pyrogravé en arc auréolé de trois points, la variété des manches en buis (sabot, boule, queue de carpe, à double virole), et la virole tournante en laiton qui verrouille la lame. Au XIXe siècle, la famille Petit porte la maison à son apogée. Couteaux primés à l'exposition industrielle de Paris en 1849, médaille à l'Exposition universelle de Paris en 1900, vingt médailles cumulées dont dix premiers prix en 1911. En 1895, André Petit offre un lot de couteaux à la reine d'Angleterre Victoria.
La Première Guerre mondiale consacre encore le couteau : les soldats français, surnommés « hirondelles de la mort », attaquent les tranchées allemandes « le couteau de Nontron entre les dents ». Après-guerre, la petite industrie recule. En 1928, la SARL Coutellerie Nontronnaise voit le jour, réunion des forces locales (les familles Petit et Barry, soutenues par les notables Tarneaud, Amblard, Goumard, Eglem). C'est cette entité qui assure aujourd'hui encore la production.
En 1999, Nontron décide de se positionner comme capitale régionale des métiers d'art. Le Pôle Expérimental des Métiers d'Art (PEMA) est fondé, s'installe au château XVIIIe, et devient un acteur reconnu à l'échelle nationale. Programmation saluée par l'Institut des Savoir-Faire Français, accompagnement des artisans, transmission auprès des jeunes, stages toute l'année. Le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin, dont Nontron est au centre, renforce cette identité rurale et artistique.
Notre conseil
Le regard d'Énergumène
Nontron, c'est un peu loin — 50 minutes de route, on ne va pas se mentir — mais c'est un vrai détour qui en vaut la peine. On y envoie nos hôtes qui aiment l'artisanat, les belles matières, les savoir-faire vivants. C'est plus qu'une visite, c'est une expérience qui laisse des traces.
Le scénario classique : tu pars dans la matinée, tu arrives vers 10h30 à Nontron, tu fais un tour dans la ville ancienne en cherchant les signes métiers d'art (c'est un vrai jeu d'observation). Tu visites la Coutellerie Nontronnaise, tu prends un café quelque part, tu déjeunes sur place — il y a plusieurs bonnes petites adresses, ambiance locale, sans prétention. L'après-midi, PEMA et Boutique Métiers d'Art, avec éventuellement le château de Beauvais à proximité pour fermer la boucle.
Tu ramènes quasi systématiquement un couteau — c'est le souvenir local par excellence, qui traverse les générations. Les prix varient selon les modèles et les finitions : compte 40-50€ pour un couteau classique, plus cher pour les éditions spéciales avec manches exotiques ou damasqué. La Coutellerie t'emballe le tout, tu peux même le faire graver.
Pour la Fête du Couteau en août, réserve dès que possible — les hébergements du coin sont pris d'assaut. On a quelques soirées libres à Énergumène, mais on part vite. Le cadre de la Fête (couteliers internationaux, forges en activité, bruit, odeurs, foule) vaut le voyage pour tous ceux que la matière intéresse.
Pour s'y rendre
Infos pratiques
Accès : 47 km (50 min en voiture) depuis Énergumène, direction nord-ouest par Thiviers et Saint-Jean-de-Côle.
Coutellerie Nontronnaise : 33 rue Carnot, 24300 Nontron. Atelier et boutique visitables aux horaires d'ouverture.
Pôle Expérimental des Métiers d'Art : Château de Nontron. Expositions 5 fois par an, entrée libre ou faible (selon exposition). Fermé en période de travaux.
Boutique Métiers d'Art : 5 rue Carnot. Mardi au samedi 12h-13h et 14h-19h.
Salon Rue des Métiers d'Art : octobre (Toussaint). 30 créateurs sélectionnés.
Fête du Couteau : août, chaque année. Coutellerie internationale, démonstrations, marché.
Contact PEMA : +33 5 53 60 74 17 — metiersdartperigord.fr
Bon à savoir : Stages et cours dans les ateliers tout au long de l'année. Éligibles aux chèques ANCV et au Pass Culture.





