Quarante minutes au nord-est d'Énergumène, au détour d'une petite route du Périgord Vert près de Payzac, la grande cheminée d'un ancien haut-fourneau se dresse au milieu des arbres. Tu es arrivé à l'Écomusée de la Papeterie de Vaux — un lieu unique en France.
L'histoire tient en trois mots : du fer à la paille. Au départ, deux forges installées au XVIIᵉ siècle sur le ruisseau des Belles-Dames, associées à celle de Malherbeaux voisine. Quand l'industrie du fer périgordine s'effondre dans les années 1830, un entrepreneur nommé Camille Bon rachète les bâtiments en 1861 et les reconvertit en papeterie. Le produit phare : du papier de paille de seigle, brun, imperméable, destiné aux bouchers pour emballer la viande.
La papeterie ferme en 1968, mais — miracle — aucune machine n'est démantelee. Classée Monument Historique en 1996, elle est aujourd'hui la dernière usine en France à présenter une chaîne de fabrication de papier intacte. Ménules de pierre, malaxeurs, pile hollandaise, roues à augets toujours fonctionnelles : tu entres dans une machine industrielle du XIXᵉ qui attend encore que le contremaître donne l'ordre. C'est un parfait plan par temps de pluie, un atelier pour les enfants, un témoignage rare.
La visite
Ce qu'on y fait
Tu arrives par une petite route qui serpente depuis Payzac, tu passes un virage, et la grande cheminée en briques du haut-fourneau se dresse au-dessus des arbres. Tu es arrivé. Pas besoin de chercher un parking hiérarchisé : le site est niché le long du ruisseau des Belles-Dames, affluent de l'Auvézère, et l'entrée est discrète, presque familiale.
La visite commence dans une salle d'exposition qui plante le décor. Sculptures en papier, objets emblématiques, photos en noir et blanc des ouvriers d'époque, schémas de paysages. Une vitrine insolite : un nid de guêpes. Pas un hasard — les guêpes utilisent exactement les mêmes techniques que la papeterie pour fabriquer leur essaim en mâchant des végétaux bruts. La nature a inventé le papier avant nous.
Puis le guide (ou l'audio-guide) t'emmène au cœur de l'usine. Tu descends au rez-de-chaussée devant les ménules géantes en pierre qui réduisaient la paille de seigle en pâte. La paille arrivait par les moissons, pesée à l'entrée — les reçus des paysans sont exposés dans une vitrine, avec leurs noms et les poids livrés. Certains visiteurs viennent chercher les traces de leurs grands-parents ici. Un moment indéchiffrable quand tu tombes sur un nom familier.
Le processus se déroule ensuite en cascade. La paille est hachée, plongée dans de la chaux vive pour la rendre friable, broyée sous les ménules, trempée, battue, formée, préssée, séchée. Tu vois les malaxeurs tourner, la pile hollandaise prête à l'emploi, l'immense chaudière en fonte qui séchait les feuilles. Un détail saisissant : une douche à eau chaude, pour les ouvriers après la journée. C'était luxueux pour l'époque.
À l'extérieur, les deux roues à augets fournies par l'eau du ruisseau tournent encore. Pendant un siècle, ces deux roues ont alimenté toute l'usine en énergie hydraulique — aucun moteur thermique, aucune électricité. Pure ingéniosité hydraulique. Un parc paysager de 3 hectares entoure le site.
Le papier produit ici était le fameux « papier boucherie » : brun, imperméable grâce à la lignine du seigle, résistant. Il servait à emballer la viande chez le boucher, mais aussi les fruits, les légumes, les denrées fragiles. Le papier vedette de l'époque avant l'arrivée du plastique.
Des ateliers enfants et adultes sont organisés pendant les vacances scolaires : fabrication de papier artisanal avec différentes pâtes végétales (à partir de 3 ans), linogravure, reliure japonaise, marbrure, origami. Sur réservation.
Mémoire des lieux
Histoire & patrimoine
La Papeterie de Vaux a une histoire en deux temps — d'où la devise « du fer à la paille ».
Le premier temps, c'est la forge. Dès le début du XVIIᵉ siècle (peut-être avant), une forge s'installe sur le ruisseau des Belles-Dames, exploitant le même modèle économique que Savignac-Lédrier quelques kilomètres plus loin : minerai de fer local, forêt pour le charbon de bois, rivière pour l'énergie. Vaux était associée à Malherbeaux, une autre forge située à 1 kilomètre en amont. Ensemble, elles ont produit fonte et fer pendant plus de deux siècles.
Dans les années 1830, l'industrie du fer du Périgord entre en crise. Concurrence du coke, fer importé par train, ressources locales épuisées. Vaux et Malherbeaux ferment. En 1861, un entrepreneur nommé Camille Bon rachète les deux sites et les reconvertit en papeterie. L'architecture des bâtiments industriels se prête parfaitement à la nouvelle activité : les bassins pour le rouissage de la paille, l'eau pour les roues, les espaces couverts pour le séchage.
Malherbeaux fabrique la pâte à papier. Elle est ensuite transportée à Vaux où elle est transformée en papier fini. Le produit phare est le papier de paille de seigle — un papier brun, imperméable, résistant à l'humidité, idéal pour emballer la viande. D'où son surnom de « papier boucherie ».
La papeterie tourne jusqu'en 1968. Elle ferme, vaincu par la concurrence du plastique et du papier industriel. Mais — c'est son miracle — elle n'est pas démantelée. Toute la chaîne de fabrication reste en place, les machines, les moules, les outils. Quand les pouvoirs publics s'y intéressent à la fin du XXᵉ siècle, ils découvrent un site industriel préservé en état quasi-fonctionnel. Un trésor.
La Papeterie de Vaux est classée Monument Historique en 1996. Elle devient écomusée, accueille des expositions, des ateliers, des artistes résidents. Elle est aujourd'hui la dernière usine en France à présenter une chaîne de fabrication de papier intacte — témoin unique de l'ère industrielle du XIXᵉ siècle, et du moment où la Dordogne rurale était aussi une Dordogne industrielle.
Notre conseil
Le regard d'Énergumène
Vaux, c'est un de nos plans préférés pour un après-midi patrimoine, surtout quand il pleut. C'est couvert, c'est vivant, les enfants sont en général captivés par les machines et les ateliers.
Le scénario qu'on conseille : combine avec Savignac-Lédrier (6 km plus loin). Les deux sites racontent la même histoire — un Périgord rural qui fut aussi un Périgord industriel, mû par l'eau, le feu, la forêt. Savignac est la forge, Vaux est la papeterie qui lui a succédé. Les deux visites en un après-midi, ça prend environ 4 heures, avec un vrai sens narratif.
En plus, le tarif combiné est un vrai cadeau : présente le ticket de la Papeterie à Savignac et tu as un tarif réduit (ou l'inverse). Le personnel des deux sites se connaît, les échanges sont chaleureux, les recommandations entre guides pertinentes.
Pour les ateliers enfants (fabrication de papier artisanal à partir de 3 ans), réserve bien en amont — les places partent vite pendant les vacances. Si tu héberges tes petits-enfants et qu'il pleut, c'est une valeur sûre, fatigante juste ce qu'il faut, avec un papier fabriqué à la main à ramener à la maison. Après, tu reviens chez nous, douche chaude, petit goûter, dîner tranquille.
Un détail qui m'émeut personnellement : les reçus des paysans qui livraient la paille, exposés dans les vitrines. Leurs noms, les poids, les dates. C'est le vrai Périgord rural qui écrit son nom dans une industrie disparue. Va les voir.
Pour s'y rendre
Infos pratiques
Accès : 25 km (40 min en voiture) depuis Énergumène, direction nord-est via Lanouaille et Payzac. Adresse : Vaux, 24270 Payzac.
Ouverture : Mai, juin, septembre, octobre — mar-sam 10h-12h30 et 14h30-18h30. Ateliers enfants et adultes pendant les vacances scolaires, sur réservation.
Tarifs : Adulte 8€ / Enfant 7-15 ans 5€ / Moins de 7 ans gratuit / Groupe 6,50€. Tarif réduit à la Forge de Savignac-Lédrier sur présentation du ticket de la Papeterie.
Durée : Compte 90 minutes de visite (guidée ou libre avec audio).
Contact : +33 5 53 62 50 06 / +33 5 53 62 81 99 (Office de Tourisme Naturellement Périgord).
Bon à savoir : Parc paysager de 3 hectares autour du site, idéal pour une balade en complément. Classement Monument Historique depuis 1996.




